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Résumés des Conférences

Photo de Antoine Bioy

Transe, dissociation et expériences exceptionnelles : une clinique de l’irruption

Antoine Bioy
Professeur de psychologie clinique et Psychopathologie, directeur adjoint du Laboratoire LPPC (Université Paris 8). Attaché à l’Institut d’Enseignement à Distance (IED) dont il est responsable du Master 2 "Psychologie Clinique et Psychothérapies". Psychologue hypnothérapeute consultant à l’Institut de Médecine Intégrative et Complémentaire du CHU de Bordeaux (convention hospitalo-universitaire).
Jeudi 9h15-10h00

Les expériences exceptionnelles (ExE) posent un défi majeur à la clinique psychologique. Qu’ils prennent la forme d’expériences de présence, de vécus mystiques soudains, de perceptions anomales ou d’irruptions de sens inattendues, ces événements se caractérisent en psychologie moins par leur contenu que par leur résistance initiale à l’intégration psychique. Cette communication propose d’aborder la transe non comme un état spectaculaire ou causal, mais comme un possible dispositif clinique permettant l’émergence, la mise en forme et la subjectivation de ces événements. Notamment, la transe constitue un espace intermédiaire où l’expérience exceptionnelle peut être transformée en événement psychique partageable. L’hypothèse défendue est que nombre d’événements dits « exceptionnels » deviennent problématiques - voire traumatiques - non en raison de leur étrangeté intrinsèque, mais faute d’un cadre psychique ou relationnel suffisant pour les accueillir. La transe, qu’elle soit spontanée ou accompagnée cliniquement, joue alors un rôle de médiation, en permettant une décélération de l’expérience, une ré-exploration secondaire, et une réinscription du vécu dans l’histoire du sujet. Enfin, cette approche invite à une posture clinique spécifique, située entre suspension du jugement causal et rigueur méthodologique, où l’enjeu n’est pas de statuer sur la réalité ontologique de l’événement, mais de comprendre ce que l’irruption de l’exceptionnel fait au sujet, et comment la transe en tant que dispositif clinique peut contribuer à en soutenir l’intégration psychique.

Transe, sexualité et pratiques corporelles : le subspace comme cas d’étude

Emma Pillault
Psychologue clinicienne et sexologue, est doctorante en 1ère année en psychologie à l’Université Paris 8 (laboratoire LPPC). Sa thèse en cours s’intitule « Le subspace comme expérience subjective d’un état modifié de conscience : étude mixte sur la phénoménologie et les fonctions psychiques des pratiques BDSM ».
Jeudi 10h30-11h15

Cette communication propose une réflexion exploratoire sur les expériences de transe dans des pratiques corporelles et relationnelles incluant certaines situations à dimension sexuelle. À partir d’un travail de recherche en cours et d’un terrain émergent dans le champ du BDSM, elle interroge le subspace comme un cas d’étude possible des états modifiés de conscience.

Photo de Aurélie Lucas Duguey

Phénoménologie de l’exceptionnel dans les expériences psychédéliques : apports d’entretiens cliniques qualitatifs

Aurélie Lucas Duguey
Psychologue clinicienne, gestalt-thérapeute, doctorante au Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Changement (LPPC), Université Paris 8.
Jeudi 11h15-12h00

Cette présentation s’appuie sur une série d’entretiens semi-structurés menés dans le cadre d’une recherche doctorale portant sur le processus de changement à l’œuvre dans les expériences psychédéliques vécues en groupe thérapeutique continu.

En mobilisant une approche phénoménologique, il s’agira d’explorer la manière dont les participant·es décrivent des vécus qualifiés d’« exceptionnels » : expériences de dépassement des cadres ordinaires de compréhension et de mise en sens, vécus corporels intenses, dimensions relationnelles et transformations subjectives durables.

L’exceptionnel ne se réduit ici ni à un moment spectaculaire ni à un effet isolé. Il s’inscrit dans un processus temporel, relationnel et incarné, soutenu par le dispositif thérapeutique, et permet d’interroger les frontières entre transe, subjectivité et clinique contemporaine.

Photo de Rodrigo Montenegro

Les vibrations des sorties hors du corps : expériences exceptionnelles ou hallucinations ?

Rodrigo Montenegro
Rodrigo Montenegro a collaboré avec plusieurs centres de recherche, dont le Coma Science Group, le Sensation and Perception Research Group et les Instituts suisse (ISSNOE) et américain (IONS) des sciences noétiques. Depuis 2005, il anime des ateliers internationaux sur les états de conscience non ordinaires et les expériences hors du corps (EHCs) dans de nombreuses institutions scientifiques à travers le monde et participe à divers congrès de recherche. Diplômé en neurosciences et formé en médecine du sommeil à l’Université d’Oxford, Rodrigo est également titulaire de diplômes en neuropsychologie et en neuromodulation médicale. En dernière année de doctorat, il est rattaché au laboratoire InterPsy et se consacre à l’étude neuroscientifique et phénoménologique des expériences de sortie hors du corps.
Jeudi 15h30-16h15

Cette présentation explore l’état vibratoire comme phénomène intéroceptif fréquemment rapporté avant ou pendant des sorties hors du corps (SHCs), et discute s’il relève d’une expérience exceptionnelle ou d’un phénomène hallucinatoire/illusion perceptive. À partir d’une synthèse phénoménologique (typologie des “vibrations” corporelles rapportées : intensité, localisation, flux directionnel, oscillations, tonalité émotionnelle et effets) et d’une comparaison explicite avec d’autres états comme le réveil de la Kundalini, l’objectif est de clarifier ces états modifiés de consciences et d’éviter les confusions catégorielles notamment en rapportant des données électroencéphalographiques d’une étude pilote sur l’induction de l’état vibratoire en laboratoire.

Photo de Claude Berghmans

Les vibrations des sorties hors du corps : expériences exceptionnelles ou hallucinations ?

Claude Berghmans
Claude Berghmans est psychologue, chercheur, PhD, membre associé du laboratoire Interpsy, université de Lorraine, et travaille sur différents domaines dont les effets de la spiritualité et de la religion sur la santé mentale, l'intention à distance dans des contexte de soins, les écospiritualités et les états non ordinaires de conscience.
Vendredi 9h15-10h00

Cette étude exploratoire s’intéresse à la phase préparatoire aux soins énergétiques chez des guérisseurs, en particulier au processus de transe cognitive auto-induite. Inscrite dans le champ des thérapies alternatives et complémentaires, la recherche vise à comprendre les pratiques, perceptions et représentations des acteurs, sans évaluer l’efficacité clinique des soins. Douze guérisseurs énergétiques de Lorraine ont participé à des entretiens exploratoires approfondis, analysés par analyse de contenu thématique. Les résultats mettent en évidence une structure chronologique commune en cinq phases lors de la préparation aux soins, incluant ritualité de protection, recentrage attentionnel, purification mentale, connexion intentionnelle et ouverture à l’autre. Cette phase mobilise des processus d’attention vigilante, de concentration, de visualisation et d’intention, présentant des similitudes avec les états décrits en pleine conscience. L’ensemble des données conduit à l’hypothèse d’une transe cognitive auto-induite volontaire, caractérisée par un état de conscience modifié, bref, immersif et contrôlé. Les limites de l’étude tiennent à la taille de l’échantillon et au caractère subjectif des données. Des perspectives futures incluent des questionnaires à large échelle, des analyses micro-phénoménologiques et des mesures neurophysiologiques.

Photo de Renaud Evrard Photo de Nathan Eulry

Le modèle prosopopèse-métagnomie de René Sudre : 100 ans après

Renaud Evrard & Nathan Eulry

Renaud Évrard est psychologue clinicien, MCF-HDR en psychologie, au laboratoire Interpsy de l’Université de Lorraine.

Nathan Eulry est psychologue clinicien, doctorant en psychologie à l’Université de Lorraine.

Vendredi 10h30-11h15

René Sudre est un journaliste scientifique qui découvre la métapsychique au mitan de sa vie, vers 1920. Il s’implique rapidement au sein de l’Institut métapsychique international, au point de devenir rapidement l’un des penseurs les plus perspicaces de ce courant. En 1926, son Introduction à la métapsychique humaine combine astucieusement la faculté de connaissance paranormale (ou métagnomie) avec la prosopopèse, néologisme de son cru visant à identifier les multiples changements brusques de personnalité. Cette théorie, qui n’aura de postérité qu’à travers Bertrand Méheust, initie l’étude générale des états non-ordinaires de conscience tout en présentant plusieurs originalités.

Photo de Zachary Nicot

La nouvelle caverne de Platon : « situation introjective » et états non-ordinaires de conscience

Zachary Nicot
Zachary Nicot est psychologue clinicien, candidat au doctorat.
Vendredi 11h15-12h00

Afin d'évaluer l'effet d'un état non-ordinaire de conscience sur l'administration d'un test de Rorschach, nous avons induit un état hypnagogique chez six participants à l'aide d'un appareil de photo-neurostimulation, la lampe Lucia N°3. Immédiatement après avoir été exposés pendant 30 minutes à un programme avec une lumière clignotant entre 3 et 10 Hz, les protocoles des participants se sont révélés labiles, fluides, sensibles à la dimension latente des taches d'encre et riches en réponses affectives. Nous avons également mené des entretiens micro-phénoménologiques sur les expériences des participants sous la lampe, que nous avons codés en adaptant le système de notation de Rorschach. Cela nous a permis d’établir des parallèles entre les dynamiques psychiques dans des situations projectives et « introjectives ». Un mécanisme de défense caractéristique est apparu, que nous avons nommé « choc lumière ». Cette recherche exploratoire met en évidence le potentiel de la photo-neurostimulation pour la psychologie projective, en complément des tests projectifs traditionnels.

Photo de Mauricio Neubern

Exceptionnel pour qui ? Transe, ontologie et culture

Mauricio Neubern
Maurício S. Neubern est docteur en Psychologie, Professeur Associé de Psychologie Clinique, Université de Brasília, Brésil. Il est également Coordinateur du GT CHYS (Complexité, Hypnose et Subjectivité), du CNPq, Brésil.
Vendredi 15h30-16h15

Cette communication propose une approche alternative des expériences exceptionnelles. S’appuyant sur des témoignages de médiums et de mystiques, principalement brésiliens, il met en lumière l’influence considérable des facteurs culturels et historiques sur la notion de réalité en science moderne, et la nécessité de repenser sa portée universelle. L’article souligne que, pour certains groupes, les expériences exceptionnelles constituent des réalités familières, accessibles et avec lesquelles une interaction est possible. Adoptant une approche mêlant phénoménologie, ethnopsychologie et sémiotique, l’article propose un mode d’approche oscillant entre une vision interne de ces expériences et une perspective externe de leur compréhension.

Résumés des Sessions Thématiques

La clinique des expériences exceptionnelles à l’Université de Lorraine

Renaud Evrard, Romain Jallet, Claude Berghmans, Léane George, Nathan Eulry, Maryne Mutis, Gaëtan Collignon…
Jeudi 16h15-18h00

Depuis le recrutement de Renaud Évrard en 2015, la clinique des expériences exceptionnelles figure parmi les enseignements et les thématiques de recherche de l’Université de Lorraine. Trois thèses ont déjà été soutenues sur ce sujet et sept sont en cours. Le collectif des auteurs locaux du livre 16 cas de clinique des expériences exceptionnelles propose d’échanger autour de ce champ particulier de la psychologie clinique. Pourquoi s’y intéressent-ils ? Quelles leçons en tirent-ils ? Quelles perspectives envisagent-ils ?

Parler de ses expériences exceptionnelles en milieu académique

Karine Katia Benac & Maëlle Rousselot
Vendredi 16h15-18h00

Comment et pourquoi témoigner de son vécu de transes et d’expériences exceptionnelles quand on est une femme et une chercheuse ? Construites selon Nicole Mosconi sur une « subjectivité hétérocentrée » qui tient compte des besoins de l’entourage, les filles sont confrontées à une socialisation de genre les incitant à « "prendre moins de place" physiquement et intellectuellement, à moins exprimer leur pensée », et connaissent plus que les garçons des sentiments d’illégitimité ou d’imposture. En outre, « le savoir véhicule tout un imaginaire de croyances et de mythes » valorisant génie masculin, prééminence des grands hommes... (Mosconi 2016). Du côté de la constitution du discours médical, l’amalgame entre hystérie et possession entre la renaissance et le 18e s fait du corps des femmes le réceptacle de « toutes les influences » (Dorlin, 2009). Selon Roger Bastide, des femmes peuvent, chez certains peuples d’Afrique, utiliser la transe comme moyen de contester l’ordre patriarcal (Bastide, 1972).

Nous proposons aux femmes universitaires qui le souhaitent de témoigner/performer leurs possibles vécus d’expériences exceptionnelles ou transiques, pour créer de nouveaux savoirs sur leur discipline, leur lien à l’institution, leur pédagogie, leur rapport au monde et à soi, à leur corps, à l’espace et au temps. Dans la lignée des féministes proposant de considérer le discours depuis un point de vue situé comme point de départ d’un savoir plus objectif (Harding), nous encourageons des formes de discours depuis un point de vue en première personne qui contribue à lever le « tabou du psi » (Méheust, 1999). Si des « sujets psi » font fréquemment le choix de ne pas parler de leurs capacités de peur du jugement et de formes de discrédit (Rabeyron, 2023), il est possible que les chercheuses vivant ces expériences aient d’autant plus de difficultés à en rendre compte publiquement. Dans quelles mesures les apports de femmes universitaires ayant vécu de telles expériences – spontanément, ou par le recours à des techniques telles que la TCAI ou autres – pourraient-ils nous éclairer sur les liens possibles entre l’expérience vécue des femmes chercheuses et leurs engagements professionnels et scientifiques, leurs formes de créativité, les domaines de recherches ouverts, les pédagogies pratiquées, le développement de formes de transdisciplinarité inédites ? Mais également sur les dilemmes et difficultés rencontrées dans la conciliation de ces domaines de vie souvent maintenus séparés ? ?

Résumés des Ateliers

Serious Game : Psychonautes & L'équipe de la mort qui tue

Nathan Eulry & Renaud Evrard
Université de Lorraine
Jeudi & Vendredi 13h30-15h00 • 12 places/jour

Deux Serious Games inédits, créés par l'équipe de l'Université de Lorraine, vous seront proposés.

Qui n'a jamais rêvé d'atteindre le Grand Éveil ? De pousser sa conscience jusqu'aux confins de la transcendance ? Psychonautes vous invite à incarner des "psychonautes" qui explorent les états non ordinaires de conscience afin de multiplier les expériences exceptionnelles et de devenir le plus « aware ». Votre chemin spirituel sera semé d'embûches, car la concurrence est rude dans cette course à l'illumination ! Saurez-vous éviter les fausses pistes et les impasses qui vous éloignent de la Voie ? Basé sur des recherches en psychologie clinique conduites à l'Université de Lorraine sur l'induction d'expériences exceptionnelles par les transes, Psychonautes est un jeu de deckbuilding pour 1 à 5 joueurs pour des parties de 30 minutes à 1h, qui propose de vous immerger dans un champ où se rencontrent science et spiritualité, le tout saupoudré d'une bonne dose d'esprit critique et d'humour !

Dans L'équipe de la mort qui tue, vous incarnez un professionnel travaillant dans une équipe de soins palliatifs. Rendez-vous disponible auprès des patients, proposez des soins somatiques, psychologiques ou existentiels, et faites en sorte de maintenir leur niveau de qualité de vie au maximum. Car les souffrances et les décès demeurent votre lot quotidien. D'ailleurs, l'institution elle-même est en souffrance et demande à être traitée comme un patient ! D'ailleurs, vous avez quatre semaines pour démontrer l'efficacité de votre équipe (de 2 à 6 joueurs) dans le cadre de l'évaluation annuelle de la HESS (Haute évaluation des services de santé) ! L'équipe de la mort qui tue permet de découvrir ce monde méconnu et fascinant du soin face aux frontières de la mort. Avec une pincée d'humour noir et un réalisme basé sur les conseils de cliniciens expérimentés, pénétrez dans ce domaine pour faire… de votre mieux.

Spectacteurices des journées d'études : expérimenter des ENOC par l'écoute et l'écriture créative

Karine Katia Bénac
Université des Antilles et Université Paris 8
Jeudi & Vendredi 13h30-15h00 • 30 places/jour

Cet atelier est fondé sur une association de techniques issues du coaching, de l'écriture créative, du théâtre et du mouvement sensoriel (somato-psycho-pédagogie Danis Bois).

À partir de temps d'échange et d'écoute des un.e.s et des autres autour des contenus proposés par les journées d'étude, un moment d'écriture créative sera proposé.

Les textes élaborés seront ensuite l'occasion de déployer une lecture improvisée collective, propice à la synchronisation cardiaque. Cette lecture-improvisation se fondera sur une écoute sensorielle, empathique, adaptative du groupe et de soi-même.

Accueillir des expériences exceptionnelles en psychothérapie

Romain Jallet & Claude Berghmans
Université de Lorraine
Jeudi & Vendredi 13h30-15h00 • 20 places/jour

Suis-je fou ? Avez-vous déjà entendu de telles choses ? Vous n'allez pas me croire !

De nombreuses stratégies sont mises en place par les patients pour s'assurer de pouvoir confier leurs expériences exceptionnelles dans un cadre adapté. Le manque de formation des cliniciens génère des difficultés, d'un côté comme de l'autre.

Le projet de cet atelier est de partager des témoignages sur les manières d'accueillir – tant bien que mal – ces récits, dont certains touchent aux processus mêmes de la psychothérapie !

Pratiques professionnelles de la transe : constats et perspectives

Gaëtan Collignon
Université de Lorraine
Jeudi & Vendredi 13h30-15h00 • 20 places/jour

Les pratiques thérapeutiques mobilisant les transes et les états non ordinaires de conscience, à l'instar de l'hypnose, de la respiration holotropique, de la méditation pleine conscience, de l'EMDR, ou des thérapies assistées par psychédélique, occupent aujourd'hui une place importante dans nos institutions et nos cabinets.

Cet atelier proposera un temps d'exploration collective : nous dresserons ensemble un état des lieux de ces pratiques, de leurs usages et de leurs cadres, puis ouvrirons un débat sur les enjeux qu'elles soulèvent pour la formation, la recherche et la clinique contemporaine.

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